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« Toute pensée nouvelle », 2010 Collage idéologique Acrylique et impression laser / papier 92 x 61 cm

Ce n’était pas ce qui était annoncé dans le programme. Sur l’estrade de l’auditorium du musée des Beaux-Arts d’Angers, face public, un homme grand, mince, avec un faux air de Roberto Benigni, attend. Costume, cravate, baskets. Nous attendons. C’est presque par inadvertance que nous apprenons que celui qui va nous proposer une « conférence-performance » s’appelle Miquel Mont, qu’il est un artiste barcelonais et qu’il a intitulé sa prestation « Les traces distancées ». Lire la suite »

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Aude Van Eeckhout, vitrail en tissu

Aude Van Eeckhout, vitrail en tissu

Le patrimoine religieux français se meurt, un constat que certains n’hésitent pas à brandir pour servir un discours idéologique radical et sectaire. Pourtant, loin des polémiques et des pétitions, il y a une voie tracée dans la campagne profonde, qui relie au silence ébloui de la merveille soudainement rencontrée, oubliée. Art et chapelles, une manifestation culturelle implantée depuis onze ans en Anjou, est probablement la plus belle réponse aux agitations politico-médiatiques qui se targuent de défendre un patrimoine en danger. Lire la suite »

La moindre des choses est plus qu’un livre, c’est un objet à réfléchir. Peut-être un bris de miroir, tombé dans un quartier nantais, réfléchissant ses passants, ses rebuts. Lire la suite »

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Photo extraite du spectacle de Brett Bailey, Exhibit B

Il y a parfois des rencontres fortuites qui se rejoignent singulièrement, au point que la coïncidence cède à l’évidence. C’est ainsi qu’en quelques jours, plusieurs discours, issus de contextes différents, se sont télescopés à mes oreilles pour faire entendre un même grondement : il y a quelque chose de pourri dans l’ex-Empire de France… Lire la suite »

« Après le bombardement du village de Kauda, un couple marche dans les cendres d’une maison »

« Après le bombardement du village de Kauda, un couple marche dans les cendres d’une maison »

Exposition des dernières photos de la reporter Camille Lepage au Grand Théâtre d’Angers Il y a la queue dans le hall du Grand Théâtre d’Angers place du Ralliement, non pour un spectacle habituel, mais pour l’exposition des dernières photographies de Camille Lepage, jeune photographe angevine décédée au printemps 2014 en Centre-Afrique. À l’entrée, un petit mémorial nous accueille, où l’on trouve quelques photos découvrant le visage souriant de la jeune femme, son passeport, quelques carnets de notes, des cartes de presse. Des vestiges dérisoires pour ne pas oublier. Lire la suite »

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Lors du festival Mix’cité d’Angers, dont l’objectif est de promouvoir le vivre ensemble et de dénoncer la discrimination sous toutes ses formes, le samedi 8 novembre au Centre des Congrès, l’auteur jeunesse Gaël Aymon a présenté le paysage de la littérature de jeunesse en à partir des représentations des garçons et des filles. Le panorama est vertigineux !

Depuis maintenant bien des années, le monde de l’édition ne s’en cache plus : c’est la crise du livre, parce que les lecteurs ont déserté, parce que la culture du divertissement a privilégié les écrans, parce qu’il faut s’adapter à de nouveaux modes de lecture, parce que le modèle économique adopté par l’édition traditionnelle ne peut pas résister au poids d’une industrie culturelle mondialisée et multicanale… Bref, rien ne va plus, c’est désormais une antienne bien connue. Pourtant, s’il est un secteur de l’édition qui ne souffre pas de cette sinistrose, c’est bien celui de l’édition jeunesse. Là encore, les raisons sont multiples, mais une des principales est liée à l’essor considérable du marché du jouet, que le livre a suivi avec succès, entraîné par un phénomène d’aspiration. Pour garantir cette réussite, les promoteurs du livre jeunesse se sont emparés de la recette utilisée par les marchands de jouets et l’ont reproduite pour leur propre objet de divertissement : la segmentation, qui distingue les livres pour les garçons des livres pour les filles (pas si bête, cela fait acheter deux livres au lieu d’un seul pour des enfants de sexes différents !).

La description est sévère, caricaturale et même injuste, je le reconnais : tous les livres ne sont pas faits de cette même pâte, de nombreux auteurs donnent une place tout-à-fait louable à une créativité réelle, au mépris des clichés, et il existe beaucoup d’éditeurs dont la politique éditoriale valorise justement ce type d’ouvrages. Pourtant, force est d’admettre que les ouvrages destinés à la jeunesse les plus visibles ne sont pas ceux les moins exempts de représentations franchement sexistes et rétrogrades, et cela tient notamment au fait que moins de 18% des livres de littérature jeunesse sont achetés dans des librairies indépendantes, alors que le supermarché reste le lieu prééminent pour ce type d’achat. Or, quoi qu’on en dise, dans les supermarchés, on aura plus de chances (ou plutôt de risques) de rencontrer des séries « girly » qui font l’apologie de la fillette Lolita plutôt que les dernières publications de la maison d’édition Talents Hauts.

Gaël Aymon, auteur notamment du conte Perce-Neige et les trois ogresses, qui propose une réécriture contemporaine de plusieurs contes populaires célèbres, a expliqué combien le conditionnement des enfants et des adultes – car il ne faudrait pas oublier que ce sont eux les premiers acheteurs – pour l’assignation d’un rôle et d’une place sociale marqués par le genre se faisait plus ou moins insidieusement à travers des images stéréotypées, des thèmes récurrents, des attributs prédéfinis. Pour étayer ses propos, Gaël Aymon a établi divers constats fondés sur une observation attentive de la littérature de jeunesse et des études réalisées à partir d’une liste d’ouvrages recommandés par le Ministère de l’Éducation nationale (donc des ouvrages jugés de bonne qualité littéraire et pédagogique). En voici quelques-uns. Le personnage de l’album jeunesse est par défaut masculin, le personnage féminin devenant une version sophistiquée du modèle de référence, avec l’ajout d’un nœud ou d’une barrette, un collier ou encore une rangée de cils longs et fournis. Très rapidement, il saute aux yeux que la lecture des aventures d’un héros masculin est consensuelle et s’adresse à tous les enfants, mais dès lors qu’il s’agit de mettre en scène une héroïne, seules les petites filles pourront se sentir concernées. Chose curieuse, alors que dans la société actuelle la plupart des mères ont un emploi, rares sont celles qui travaillent dans les albums jeunesse, sauf aux tâches ménagères bien entendu. Nous pourrions sourire en songeant qu’en effet, dans les albums jeunesse, l’attribut de la mère est le tablier quand celui du père est le journal, mais nous souririons jaune, probablement.

À vrai dire, il ne s’agit pas de se borner à considérer que les garçons et les personnages masculins jouissent d’une représentation beaucoup plus valorisante que celle des personnages féminins, ce serait trop simple. Si les filles peuvent étouffer dans le carcan de l’univers qui leur est imposé, dont les thèmes sont l’Amour (toujours avec un grand « A »), les bons sentiments, les poneys et les princesses, les garçons ont toutes les raisons aussi d’être asphyxiés par le poids de l’univers qu’on leur octroie, avec pour thèmes la guerre, la compétition sportive, l’exploration, et tout ce qui pourra véhiculer une image d’hyper-virilité.

Que ces modèles puissent exister et même se révéler pertinents pour un certain nombre d’enfants, dans la mesure où ils restent pondérés, il n’y a pas à s’en scandaliser. Mais le rouleau compresseur d’un marché du livre jeunesse arc-bouté sur ces seules représentations, les érigeant presque en lois universelles (ce qu’elles finissant par devenir, à force d’imprégnation) est inadmissible.

Je salue tout particulièrement la pointe du discours de Gaël Aymon lors de cette trop courte conférence, qui insistait sur l’idée qu’il n’y a pas de littérature neutre, et que les antisexistes ne méritent pas tous les reproches qu’on leur faits. En effet, il existe une certaine suspicion de la part d’adultes inquiets à l’égard d’une littérature qui proposerait aux enfants, garçons et filles, des modèles à contre-courant ou tout simplement alternatifs. On pense que cette littérature encouragerait un discours idéologique sulfureux, responsable de la perte des repères chez les enfants, destructeur d’identité stable. On imagine enfin que cette littérature, trop ouvertement « militante », serait un prêche bien indigeste pour apporter un quelconque divertissement aux enfants, sapant tout plaisir de lire.

On a tort assurément d’oublier d’exercer son sens critique pour se laisser endormir par des images toutes faites. Serait-ce une forme de paresse intellectuelle (après tout, ce ne serait que de la littérature pour petits) qui nous ferait tant aimer ces images charmantes et stéréotypées ? Quel gâchis, alors qu’il me semble que c’est précisément dans la littérature de jeunesse qu’on est capable de la plus audacieuse créativité aujourd’hui dans littérature ! La littérature de jeunesse est vraiment un territoire de l’imaginaire à découvrir, elle nous invite à être curieux et exigeants. N’oublions pas que la rencontre d’un livre peut être aussi profondément marquante que celle d’une personne, et les enfants méritent de rencontrer de vraies personnes, pas des fantoches de sitcom.

Pour en savoir plus sur Gaël Aymon, visitez son blog:

http://gaelaymon.com/

les terres du couchant

Quelques jours après les traditionnelles Journées Gracq à Saint-Florent-Le-Vieil (4 et 5 octobre 2014), dont le thème cette année était la guerre, les éditions José Corti publient un texte inédit de l’auteur, Les terres du couchant. Lire la suite »

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Cacophonie au Festival des Accroche-Coeurs 2014 à Angers
Moi, je n’y ai pas tout compris. Comme tous les ans, je me suis réjouie de voir arriver à Angers le festival des Accroche-Cœurs, avec ses installations, ses empreintes visuelles et sonores qui font renaître le goût de la découverte dans les lieux qui nous sont les plus familiers. Le carillon de la cathédrale supplanté par toute une kyrielle de cris d’animaux (du coq à l’âne, en passant par le coucou, la chèvre…), un temps différent s’est ouvert, une parenthèse de quelques jours. Lire la suite »

foret des livres
La Forêt des Livres, manifestation littéraire organisée à l’initiative de Gonzague Saint-Bris à Chanceaux-près-Loches, le 31 août 2014
La dix-neuvième édition de La Forêt des Livres, présidée par Dominique Bona, récemment élue à l’Académie française, a rayonné à l’ardeur d’un soleil inespéré après un été bien gris et des souvenirs de l’année précédente plus que détrempés. L’occasion pour les flâneurs et les chasseurs d’autographes de passer un dimanche dans les meilleures conditions, d’autant plus que les têtes d’affiche ne manquaient pas, comme toujours. Certains auteurs faisaient leur rentrée littéraire sous les arbres centenaires du petit village de Touraine, comme Emmanuel Carrère ou David Foenkinos, tandis que des célébrités de tous poils venaient prendre un généreux bain de foule autour d’une dédicace. Inutile de chercher où se trouve le stand de Rama Yade, il suffit de regarder la longue file d’attente devant une des tables abritées par les barnums blancs éblouissants. En se promenant, on passe aussi devant quelques figures aristocratiques, à l’instar du prince Henrik de Danemark. Soudain, une voiturette fend la foule : voilà la vénérable Gisèle Casadeus, une centenaire qui semble avoir oublié son âge, mais pas son texte, puisque cette sociétaire honoraire de la Comédie-Française, encore sur les planches en 2014, vient encore donner de la voix au Café littéraire. Lire la suite »

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Art et Chapelles en Anjou – du 28 juin au 24 août 2014
Il faut s’enfoncer dans une campagne épaisse, herbeuse, et pénétrer dans des chapelles privées ou non, des édifices insolites ou délabrés, perdus. Pour deux mois d’été seulement, ce patrimoine religieux oublié devient l’écrin de l’art contemporain, selon le principe de l’association « Art et Chapelles, chapelles d’hier, artistes d’aujourd’hui ». Des artistes vivants, croyants ou non, sont invités à installer un travail expressément conçu pour la chapelle qu’on leur propose de mettre en valeur. Les préoccupations personnelles de l’artiste affleurent souvent dans l’installation créée, mais les plus belles réalisations parviennent à puiser dans l’atmosphère, l’histoire ou le nom du sanctuaire les ressources pour construire une œuvre plastique qui s’y loge avec la plus grande justesse. Dès lors, l’œuvre contemporaine, qui n’est pas religieuse mais emprunte de spiritualité, révèle la seconde nature de ces pierres assemblées pour un culte qui n’est plus. Certaines chapelles méritent visite à elles seules, d’autres profitent de leur parure occasionnelle pour susciter la curiosité, et toutes se découvrent successivement au cours d’un circuit qui nous fait aussi apprécier les paysages des alentours d’Angers. Cette année 2014, celle de la dixième édition, nous serpentons dans la campagne de Saint-Jean-des-Mauvrets à Soulaine-sur-Aubance, avec six stations dans six chapelles différentes. Lire la suite »