Aude Van Eeckhout, vitrail en tissu

Aude Van Eeckhout, vitrail en tissu

Le patrimoine religieux français se meurt, un constat que certains n’hésitent pas à brandir pour servir un discours idéologique radical et sectaire. Pourtant, loin des polémiques et des pétitions, il y a une voie tracée dans la campagne profonde, qui relie au silence ébloui de la merveille soudainement rencontrée, oubliée. Art et chapelles, une manifestation culturelle implantée depuis onze ans en Anjou, est probablement la plus belle réponse aux agitations politico-médiatiques qui se targuent de défendre un patrimoine en danger.
Evidemment, il faut prendre les chemins détournés, emprunter patiemment les voies mal carrossées, sans manquer une pancarte (sinon, le rallye peut rapidement devenir un casse-tête) pour atteindre le but. C’est ici, au bout du chemin, que surgit non pas une incontournable chapelle, mais au contraire, une de ces bâtisses toujours contournées, autrefois sanctuaires – certaines le sont encore – dépouillées de leur identité originelle, désormais disponibles pour autre chose. On n’y célèbre plus, ou alors deux fois l’an, pour mémoire. La Révolution a décapité la Sainte Vierge de la chapelle Notre-Dame-de-Saint-Sulpice à Cheffes, on l’a rhabillée d’une étoffe bleu ciel plutôt kitsch ; la chapelle de la Coutardière était devenue une porcherie, avant que dans les années 1980 les fresques renaissantes ne soient redécouvertes ; à Durtal, la chapelle Saint-Léonard a perdu presque tous ses signes distinctifs : qui devinera que cette cavité dans le mur, à l’entrée de cette pseudo-grange devenue garde-meubles, était un bénitier ?
Dans ces lieux désaffectés, les artistes déposent alors leur empreinte, des ex-voto que les visiteurs viennent contempler. Lorsque l’œuvre personnelle de l’artiste entre en pleine résonnance avec la chapelle pour laquelle ils ont conçu leur installation, il se produit une vibration silencieuse qui ranime le sens profond du lieu sacré, toujours enfoui, sous la pierre bénie. J’ai été particulièrement sensible aux bannières de Pascal Portais à la chapelle des Vignes à Feneu, de grandes feuilles de papier devenu parchemin à l’épreuve de l’encre, de la pluie, de la javel et du clair de lune qui ont délavé sa surface. Les grandes feuilles d’artichaut stylisées qui s’étalent en majesté sur chaque bannière suspendue à la charpente me rappellent les végétaux représentés dans les tapisseries du Chant du Monde de Jean-Lurçat. Les tons gris et bistre des bannières qui tournent lentement sur elles-mêmes dialoguent avec les murs en pierres apparentes. La beauté humble se répand dans l’harmonie de la chapelle. Mais ce n’est que la première des six stations à découvrir sur ce circuit 2015, qui s’achève en plein vent, à la chapelle de Matheflon à Seiches, juchée sur un promontoire que l’on atteint en serpentant à travers un quartier d’habitations reculé. Là, une colonne de papier virevolte dans une ascension glorieuse, selon la mise en scène de Brigitte Blanchard. L’Esprit a soufflé sur la lettre, les pages du Livres effeuillés s’élèvent, immobiles. Nous retournons sur nos pas, habités par la paix de cette rencontre avec ce reflet d’éternité. Et comme l’éternité ne dure qu’un temps, il ne faudra pas oublier de faire ce circuit Art et Chapelles avant le 23 août 2015…

Pascal Portais, bannière végétale

Pascal Portais, bannière végétale

Pour en savoir plus: http://www.artetchapelles49.fr/actu/le-circuit-2015

Publicités