Archives de la catégorie notes de lecture

La moindre des choses est plus qu’un livre, c’est un objet à réfléchir. Peut-être un bris de miroir, tombé dans un quartier nantais, réfléchissant ses passants, ses rebuts. Lire la suite »

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les terres du couchant

Quelques jours après les traditionnelles Journées Gracq à Saint-Florent-Le-Vieil (4 et 5 octobre 2014), dont le thème cette année était la guerre, les éditions José Corti publient un texte inédit de l’auteur, Les terres du couchant. Lire la suite »

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Ainsi soit Benoîte Groult, Catel, Grasset, 2013

Benoîte Groult, écrivaine et féministe, bien qu’âgée de 94 ans, reste une femme d’actualité, ainsi qu’en atteste son déplacement remarqué à Angers les 11 et 12 avril 2014 pour assister et participer au colloque international organisé en son honneur à l’université d’Angers.

L’occasion de revenir sur un parcours de vie peu banal, marqué par une jeunesse sage et timide dans la bourgeoisie parisienne des années 30 avant une émancipation bien plus tard, encouragée par son troisième mari Paul Guimard. Benoîte Groult se lancera alors pleinement dans une lutte féministe qui ne s’est jamais démentie, et dont la pierre angulaire est son essai Ainsi soit-elle. Lire la suite »

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Safari intime, Fred Bernard, co-édition La Paperie / La Bulle, février 2014

Fred Bernard était au stand régional des Pays de la Loire lors du Salon du Livre de Paris qui s’est déroulé du 21 au 24 mars pour la promotion de la bande dessinée Safari intime, qui met en scène une faune exotique, mais qu’il n’est pas allé chercher bien loin… Lire la suite »

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Lucia Antonia, funambule, Daniel Morvan, Zulma, 2013

L’auteur est originaire du Finistère, mais il vit désormais à Nantes où il exerce la profession de journaliste. Il publie pour la première fois aux éditions Zulma, une maison dont nous pouvons saluer la volonté de publier de beaux livres : des pages crème d’une belle épaisseur, un texte imprimé dans une typographie traditionnelle (en Garamond) et une couverture colorée où l’on reconnaît la signature du designer et typographe David Pearson. Les textes publiés chez Zulma vont à la rencontre du monde, avec un catalogue franchement ouvert aux langues rares, aux cultures méconnues, mais qui présente aussi des récits dont les partis pris sont souvent étonnants, iconoclastes. Lire la suite »

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Muette, Éric Pessan, Albin Michel, 2013

Éric Pessan est bien connu en Pays de la Loire, notamment parce qu’il contribue régulièrement à la revue trimestrielle Encre de Loire qui rend compte de l’actualité littéraire de la région, mais aussi parce qu’il était l’écrivain choisi pour la résidence d’écriture de la ville d’Angers en 2012. Il écrit également sur le site Remue.net de François Bon. Il est encore et surtout l’auteur de sept romans, dont le dernier, Muette, est sorti à la rentrée 2013. Lire la suite »

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La Bête de l’Apocalypse, scénario Rodolphe, dessins Lucien Rollin, coédition Glénat-Les éditions du Patrimoine, 2013

J’ai lu la bande dessinée parue en juillet 2013 avec curiosité dès que j’en ai eu l’occasion, mais, je l’avoue, avec un a priori suspicieux. Je craignais franchement l’opportunisme dans cette coédition Glénat-Les éditions du Patrimoine, un coup monté pour capturer le touriste plus enclin à lire des histoires de Belphégor qu’à se passionner pour les sites historiques en tant que tels. La bande dessinée, voilà un bon support consensuel qui séduit les plus jeunes tout en rassurant les parents : au moins, c’est une histoire qui a le bon goût de distiller « du culturel » à peu de frais. Ainsi, la tapisserie de l’Apocalypse, protégée dans les entrailles du Château d’Angers, s’étale-t-elle sur les planches d’une BD à suspens.

J’avais raison de craindre. Je suis une grande admiratrice de cette tapisserie et ne boude pas mon plaisir à lire une bonne BD, mais ce coup-ci, le mariage est raté. Et pourtant, que de bonnes choses nous aurions pu imaginer, en explorant par exemple l’analogie entre la construction narrative de la tapisserie, représentée en séquences découpées en vignettes alternativement à fond rouge et bleu, et celle de la bande dessinée, qui obéit finalement aux mêmes codes. Lire la suite »

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Hier dernier, Patrick Goujon, Gallimard, 2008

Le dernier roman de Patrick Goujon, publié en 2008, est un récit bref mais très dense, même si, au fond, il a le goût de l’ordinaire. À le lire, je me rends compte à quel point les vies les plus inaperçues sont remplies d’une fureur de vivre, jusqu’à en mourir. L’histoire est ténue, elle se loge dans le creux d’un déménagement, le vide saturé des fantômes, des souvenirs, des vies qu’on a laissées en plan, des vies dont on n’a jamais accepté la perte.
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Le Décalage, Marc-Antoine Mathieu, Delcourt, 2013

Voilà une bande dessinée qui ne se contente pas de sortir du cadre formel d’usage, mais qui s’emploie précisément à jouer avec les limites du cadre. Une méta-BD en quelque sorte, qui interroge la nécessité de chacun des codes du genre et de la fiction narrative en général. À vrai dire, l’auteur angevin n’en est pas à son coup d’essai, cet album est le sixième épisode des aventures de Julius Corentin, une série qui ne cesse de démonter des rouages de l’histoire elle-même.

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Visite au « dernier veilleur de Bretagne »

Le déjeuner des bords de Loire (publié en 2002 aux éditions Mercure de France puis au format poche Folio Gallimard) est un récit habité par Julien Gracq. L’auteur, Philippe Le Guillou, n’a pas son pareil pour reconstituer cette atmosphère imprégnée par les lieux parcourus, observés et décrits avec soin. Dans la posture du visiteur, Philippe Le Guillou raconte sa visite à Julien Gracq jusqu’à Saint-Florent, le vendredi 6 février 1998, le déjeuner au restaurant La Gabelle, les conversations sur les sujets les plus variés, avec une prédilection pour la littérature et la Loire. Ce récit est écrit avec délicatesse, avec une retenue qui révèle toute la tendresse de l’auteur pour ce vieil homme sage, aimable et joyeux. Plus que du respect, on lit une profonde affection pour Julien Gracq. Le déjeuner des bords de Loire, c’est aussi l’histoire de la passion de Philippe Le Guillou pour la littérature, éveillée avec Gracq et toujours renouvelée. En voici quelques extraits :

« Longtemps je l’ai rêvé lointain, nimbé dans sa légende, inaccessible. Un grand maître des sortilèges. Il n’était pas de ces hommes que l’on rencontre comme cela, pour parler de la pluie et du beau temps, de l’insignifiance des choses qui passent. Sa légende, ce qui se disait de lui, l’admiration sans limites que je voue à ses livres le plaçaient hors du jeu des relations ordinaires, pas nécessairement au-dessus, simplement plus loin, au-delà d’un seuil quasi-sacré. » p.13

« Le pont, métallique et sans grâce, enjambe l’île Batailleuse. Cette île grise et sans grâce aussi, avec ses bosquets dépouillés, à maintes reprises dans ses carnets et ses notes fragmentaires, il la cite et la décrit avec la précision du pérégrin géographe. Je crois me souvenir que c’est un lieu rituel de promenade. » p.17

« Dans le petit salon rien n’a changé. Et, cédant à la force d’un rite ou de l’habitude, nous reprenons nos places. Il s’est assis sans ôter sa parka dans le vieux fauteuil de cuir ventru qui jouxte le poêle, tandis que je m’installais sur le siège rustique et paillé qui lui fait face. […] Ce pourrait être la chambre d’un prêtre mais on n’y voit aucun crucifix. Ce pourrait être la chambre d’un notable de province qui aurait thésaurisé, résolument insoucieux du cadre dans lequel il évolue. Ici les meubles et les objets dont on s’entoure n’ont en rien l’entrave du symbole. Nulle mise en scène dans cette pièce. » p.19-20

« Il ne veut pas éblouir. Il rappelle. Il témoigne. Il constate. Il parle avec aménité, avec chaleur, mais les ressorts de la séduction verbale lui sont totalement étrangers. Il n’a rien d’un orateur, d’un causeur mondain. » p.22

« Il ne se départ jamais de sa grande courtoisie native et, comme nous descendons les marches rarement éclairées par le soleil, il me laisse passer devant lui. Il est couvert d’une toque genre astrakan noir. Nous allons vers la Loire, la route glisse vers elle, sans quai surplombant, sans parapet. Cette impression de plain-pied avec le fleuve au courant fort et très agréable, des barques plates sont arrimées juste au-dessous du grand pont. Il va d’un pas alerte. » p.24

« Le vin, la magie de la Loire et de la lumière d’hiver sur la Loire, il aurait une petite tendance au soliloque. Je laisse faire, relançant de temps à autre, et je m’en régale. Je ne suis pas venu le questionner. Je ne le soumettrai à aucun interrogatoire. Je ne suis pas venu recueillir des paroles que je laisserai sédimenter dans le corps d’une thèse. Ce qui attise ma curiosité et mon plaisir de l’instant, c’est le charme d’une conversation discontinue, sans objet particulier, une conversation dont l’unité naîtrait de la grâce du moment et du fluide lumineux du fleuve. Il est manifeste qu’il prend plaisir à parler. » p.27

« Le silence est tombé. Pour la première fois. Long, tenace. Est-ce la perspective de son prochain effacement qui me paralyse ? J’ai comme un vide, un blanc au milieu du cerveau. Sont-ce la lumière, l’émotion, un état de blessure affective qui suscitent cette hyperesthésie ? L’impression que mon hôte qui s’est beaucoup livré reprend soudain son quant-à-soi, le droit de veiller jalousement sur ses propriétés intérieures. La Loire glisse, cérémonieuse, dans l’éclat mat et glacé d’un février éternel. » p.33

« Il revient à ces désirs qu’il n’a plus, publier, voyager, et dont l’effacement ne le contrarie nullement. Jamais depuis le début de cette rencontre je n’aurai perçu l’affleurement de l’angoisse, jamais je n’aurai entendu de plainte ou de parole désabusée. Sans doute faut-il y voir l’effet d’une élégance et d’une rigueur natives, d’un mépris ontologique pour tout ce qui est surgissement de l’intime. La méditation, la pratique de la rêverie éveillée, l’écriture dans ses distillations et ses détours mènent à une forme discrète et silencieuse de sagesse. » p.46

« Cette passion pour lui est née de là. D’une phrase qui ouvre des portes dont on ne soupçonnait pas l’existence, une force ravageuse qui tient de l’enchantement et du sacerdoce, une présence qui incendie et qui érode, la découverte d’une force qui creuse et s’enfonce, la soif d’avoir soif. Apprendre à lire suppose cette immersion dans la fournaise, cette initiation de l’ardeur et de la calcination. Il faut apprendre à désirer ce manque, ce vertige au bout du seuil. Un vide s’est creusé dans l’être, un vide que rien ne comblera plus, une tension qui se déploie, ne cesse d’augmenter, comme cette soif rageuse qui embrase le corps, l’écartèle, sans fin, sans rémission. Rien ne viendra, et c’est cela la littérature, quelle que soit l’intensité du sacerdoce, la puissance de l’intercesseur ou du porteur d’eau. Rien ne viendra, mais cette déréliction peut être voluptueuse, habitée, nourrie d’images, de concrétions qui brûlent encore, de neige, d’étoiles marines. » p.68

« Je le regarde s’en aller. L’homme à la toque noire et à la parka verte a disparu derrière le bâtiment de la gare. La voiture tourne. Il rentre vers sa maison vaste et vide, l’enfant de Saint-Florent, le dernier veilleur de Bretagne. » p.90